vendredi 6 août 2021

Cure 2 J15 la moitié du chemin vers la guérison ?


Et nous revoilà, Jean-Jean et moi pour une quatrième séance d'injection de médicaments veinotoxiques. 
Depuis la troisième injection, les effets secondaires s'intensifient dans la durée et un nouvel effet est apparu, un goût de fer blanc dans la bouche. Le docteur m'a dit que c'était lié à l'aplasie causée par la chimiothérapie. Elle m'a donné des bains de bouche à faire pour calmer les irritations du fond de ma gorge.

Et j'ai toujours ce besoin d'écrire. 

La souffrance physique que je vis au quotidien en ce moment n'est rien. J'ai bien pire au fond de mon crâne.

Poussé par un desir d'écrire lié à une souffrance enfouie ; pourtant je n'ai rien à vous dire. 

Sauf que mes troubles maniaco dépressifs, en l'occurrence dépressifs dans ce contexte, parlent ou m'oblige à vouloir parler. Et les séances de chimio me donnent le temps de le faire. Une discipline bi mensuelle, à laquelle je m'exerce depuis le début des cures.

Cette sensibilité face au vide de la vie, ou plutôt ce regard vers l'autre côté, celui qui fera cesser en moi cette douloureuse sensation d'absence et de manque, sensation d'impuissance et de découragement, ce côté où le bonheur perle et semble exister, celui qui est inaccessible, ce regard, je le porte constamment en moi. Et plus je me rend compte de mon incapacité à atteindre durablement les côtes de ce nouveau monde, plus je cherche à contempler ce que je ne peux avoir et que je n'aurais jamais. 

Les interstices de bonheur qui rayonnent dans la plaie béante de la réalité, de ma réalité, ne suffisent pas à contenter ma force de vie, où du moins me laisser espérer durablement un état d'esprit serein et simple. Heureux les simples d'esprit...
J'aurais beau mettre dans une balance ce qui me rend heureux, rien ne pourra supprimer cette douloureuse lucidité, cette vision désagréable du monde actuel, et le reflet de mes actions dans celui-ci.

J'aurais beau tenter d'involuer, de me préparer concrètement à ce que l'avenir réserve, j'aurais toujours cet arrière goût de sang et d'incomplétude. J'ai beau aimer les autres et par ricochet recevoir de l'amour, cet amour partagé et réciproque ne suffit pas à me consoler. J'ai au fond de moi un vide, une profonde tristesse. Et j'ai beau essayer de dompter mes aléa comme je peux, la vie me fait mal, par à coup, par période. Rien ne semble interrompre ces moments. Ils font ce que je suis. 

Il y a quinze jours je voulais voler, mais se brûler les ailes implique d'avoir un parachute accroché dans le dos.

Alors pourquoi continuer la lutte ? La continuer pour les autres, ça n'est pas possible, l'autre n'est pas celui qui pourra me donner la force. C'est enfermer l'autre dans un rôle qui ne lui est pas destiné.
Je dois chercher en moi une raison de vivre.

Ma colère et ma haine, mes plaisirs et mes amours sont des moteurs, ma compréhension du fonctionnement du monde les roues et ma joie, mon bonheur lorsqu'ils daignent se manifester le carburant.
La comparaison avec la bagnole n'est certes pas très belle, elle a pour mérite d'être le tout qui rassemble. 
Reste les ailes qui poussent et que je coupe régulièrement, pour ne pas me brûler contre la réalité.
Combien de temps vais je encore devoir fuir ? La fuite est-elle mon seul moyen de survie ? Une voiture peut-elle voler ? 

La résilience est ce qui me fait tenir et me donne envie de lutter. La drogue m'empêche de sombrer dans les moments difficiles. Et l'amour me donne l'espoir de caresser le bonheur. 
Même si le doute m'habite. Aujourd'hui. Jour de chimiothérapie, sans amour et sans enfant.

Les souvenirs du cœur sont parfois insuffisant.
La meilleure façon d'exorciser ma vie passée est d'en commencer une nouvelle, chose faite, le chemin est difficile mais c'est le difficile le chemin.

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