vendredi 3 septembre 2021

Cure 3 J15 dernière ligne droite ?

Pas envie d'écrire aujourd'hui. 

Comme j'ai mes veines du bras qui disent stop au traitement, les médecins m'ont posé hier un picc line, cathéter relié à la veine basilique.
J'ai donc de la tuyauterie qui sort du bras. C'est du confort pour les injections mais un peu casse bonbon pour dormir.

C'est la fin de ma troisième cure... Le moral est fluctuant. Très, surtout avec les effets secondaires qui s'étalent de plus en plus dans le temps et dont l'intensité ne décroît pas, enfin pas comme au début, lors des premières injections.

vendredi 20 août 2021

Cure 3 J1, la chimiothérapie et le voyage


Voyager, s'évader du quotidien, on peut le faire de chez soi, en lisant, en regardant un contenu audiovisuel ou cinématographique, en partageant un moment de tendresse avec un être aimé... mais les réflexions sont très vite rattrapées par le quotidien, chez soi, il y a souvent un parasite qui nous interromps.

J'ai goûté au voyage en dehors de chez moi, perdu dans la nature avec pour seul but la marche vers le soir. Je n'étais pas seul, mais la randonnée laisse le loisir de goûter un peu de solitude, pourvu que le chemin ne soit pas trop difficile et les proches occupés.
Il est doux de se retrouver avec soi dans un espace sain et naturel, c'est une excellente hygiène mentale. Aucune perturbation, surtout que j'avais décidé de couper le téléphone, l'ordinateur et certains soirs, dormant dans une cabane faites de rondins, même sans électricité. (éclairage à la bougie et à l'ampoule solaire)

Quel est le rapport entre le voyage et la chimiothérapie ? 
Ce sont des chemins vers des buts ; et ils sont faits pour être définis et redéfinis sans cesse, ces buts. Ils se modèlent en moyens, ils sont les deux à la fois.
Ce sont des moyens de transports de la raison et du corps vers une meilleure vie. Ils laissent des traces physiques et psychiques et pourvu que l'on se plaise à les prendre comme des épreuves façonnant l'avenir, ces chemins sont ceux qui font grandir, des chemins vers la sagesse. 

Plus prosaïquement, ces voyages m'aident à devenir moins con, du moins à entretenir cette possible illusion des épreuves acceptées qui rendent plus lucide. Le monde moderne tel qu'il s'impose à nous à travers l'organisation politique et économique est un gâchis sans nom. Et si le bonheur se trouvait dans le voyage et la rencontre ? Enfin il est à trouver en nous effectivement, mais le voyage peut y participer.

J'ai fait un Tep Scann avant de partir, il est plutôt encourageant. Il ne reste que quelques zones cancéreuses au niveau des cervicales gauches, celles au niveau du médiastin ont disparues. 
Nausées, fatigue, goût de fer incessant dans la bouche sont le chemin vers la guérison. 
Voyager quelques jours m'a permis de me rendre compte qu'ils pouvaient être mis en arrière plan, que le plaisir de vivre au présent, du partage et des difficultés surmontées étaient assez forts pour les occulter.
J'ai fait une très belle rencontre, celle de Marie Laure, qui est passé il y a une décennie par la même épreuve. Vaincre le cancer, c'est dans la tête que ça se passe qu'elle a conclu. C'est étrange comme certaines rencontres sont marquantes. Elle m'a donné envie de profiter de la vie qu'il me reste à voyager au présent.

Pas forcément loin, pas forcément à pieds ou meut par un véhicule, voyager dans sa tête, avec sa tête. Mais faire de chaque instant un cadeau offert à la conscience d'avoir la possibilité de choisir d'être heureux. Sa joie de vivre m'a contaminé, dans la mesure de mes possibilités et de ma personnalité. Généralement ce qui transpire dehors n'est pas ce qui sue dedans. Les efforts que je dois encore fournir pour être tranquille sont les marques de mon incomplétude. 

Le panonceau indique le but, le chemin étant le prétexte.

"Parce que j'ai la dimension de ce que je vois, et non pas celle de ma taille." Caeiro

vendredi 6 août 2021

Cure 2 J15 la moitié du chemin vers la guérison ?


Et nous revoilà, Jean-Jean et moi pour une quatrième séance d'injection de médicaments veinotoxiques. 
Depuis la troisième injection, les effets secondaires s'intensifient dans la durée et un nouvel effet est apparu, un goût de fer blanc dans la bouche. Le docteur m'a dit que c'était lié à l'aplasie causée par la chimiothérapie. Elle m'a donné des bains de bouche à faire pour calmer les irritations du fond de ma gorge.

Et j'ai toujours ce besoin d'écrire. 

La souffrance physique que je vis au quotidien en ce moment n'est rien. J'ai bien pire au fond de mon crâne.

Poussé par un desir d'écrire lié à une souffrance enfouie ; pourtant je n'ai rien à vous dire. 

Sauf que mes troubles maniaco dépressifs, en l'occurrence dépressifs dans ce contexte, parlent ou m'oblige à vouloir parler. Et les séances de chimio me donnent le temps de le faire. Une discipline bi mensuelle, à laquelle je m'exerce depuis le début des cures.

Cette sensibilité face au vide de la vie, ou plutôt ce regard vers l'autre côté, celui qui fera cesser en moi cette douloureuse sensation d'absence et de manque, sensation d'impuissance et de découragement, ce côté où le bonheur perle et semble exister, celui qui est inaccessible, ce regard, je le porte constamment en moi. Et plus je me rend compte de mon incapacité à atteindre durablement les côtes de ce nouveau monde, plus je cherche à contempler ce que je ne peux avoir et que je n'aurais jamais. 

Les interstices de bonheur qui rayonnent dans la plaie béante de la réalité, de ma réalité, ne suffisent pas à contenter ma force de vie, où du moins me laisser espérer durablement un état d'esprit serein et simple. Heureux les simples d'esprit...
J'aurais beau mettre dans une balance ce qui me rend heureux, rien ne pourra supprimer cette douloureuse lucidité, cette vision désagréable du monde actuel, et le reflet de mes actions dans celui-ci.

J'aurais beau tenter d'involuer, de me préparer concrètement à ce que l'avenir réserve, j'aurais toujours cet arrière goût de sang et d'incomplétude. J'ai beau aimer les autres et par ricochet recevoir de l'amour, cet amour partagé et réciproque ne suffit pas à me consoler. J'ai au fond de moi un vide, une profonde tristesse. Et j'ai beau essayer de dompter mes aléa comme je peux, la vie me fait mal, par à coup, par période. Rien ne semble interrompre ces moments. Ils font ce que je suis. 

Il y a quinze jours je voulais voler, mais se brûler les ailes implique d'avoir un parachute accroché dans le dos.

Alors pourquoi continuer la lutte ? La continuer pour les autres, ça n'est pas possible, l'autre n'est pas celui qui pourra me donner la force. C'est enfermer l'autre dans un rôle qui ne lui est pas destiné.
Je dois chercher en moi une raison de vivre.

Ma colère et ma haine, mes plaisirs et mes amours sont des moteurs, ma compréhension du fonctionnement du monde les roues et ma joie, mon bonheur lorsqu'ils daignent se manifester le carburant.
La comparaison avec la bagnole n'est certes pas très belle, elle a pour mérite d'être le tout qui rassemble. 
Reste les ailes qui poussent et que je coupe régulièrement, pour ne pas me brûler contre la réalité.
Combien de temps vais je encore devoir fuir ? La fuite est-elle mon seul moyen de survie ? Une voiture peut-elle voler ? 

La résilience est ce qui me fait tenir et me donne envie de lutter. La drogue m'empêche de sombrer dans les moments difficiles. Et l'amour me donne l'espoir de caresser le bonheur. 
Même si le doute m'habite. Aujourd'hui. Jour de chimiothérapie, sans amour et sans enfant.

Les souvenirs du cœur sont parfois insuffisant.
La meilleure façon d'exorciser ma vie passée est d'en commencer une nouvelle, chose faite, le chemin est difficile mais c'est le difficile le chemin.

vendredi 23 juillet 2021

Cure 2, J1 Explications ésotériques




Et hop on est reparti pour une nouvelle cure. On, je veux dire moi et Jean-Jean. Comme je ne vais pas une énième fois raconter le déroulement des injections, je vais me concentrer sur l'origine de ce cancer, ou du moins, essayer de regrouper toutes les explications scientifiques et ésotériques qui seraient susceptibles d'approfondir la genèse de Jean-jean.

Le lymphome de Hodgkin nécessite peut-être un peu d'explication. Merci internet. Un lymphome est un cancer du système lymphatique, le principal élément du système immunitaire de l'organisme. C'est une maladie qui implique des cellules de la famille des globules blancs, appelées lymphocytes. Un lymphome hodgkinien apparaît lorsqu'un lymphocyte initialement normal se transforme, puis se multiplie de façon incontrôlée en formant un amas de cellules anormales qu'on appelle une tumeur cancéreuse.

Le lymphome hodgkinien est un cancer relativement peu fréquent. On estime à 1 880 le nombre de nouveaux cas diagnostiqués en France en 2012, ce qui représente environ 0,5 % de l'ensemble des cancers et 10 % de l'ensemble des lymphomes.

Le lymphome hodgkinien survient principalement chez les jeunes adultes, dans la majorité des cas entre 20 et 30 ans, et chez les personnes âgées de plus de 60 ans. Il peut également atteindre les enfants et les adolescents (il est exceptionnel avant l'âge de 5 ans).

En raison de sa grande sensibilité aux traitements par chimiothérapie et par radiothérapie, le lymphome hodgkinien peut être guéri dans plus de 80 % des cas.


Statistiquement j'ai un pronostic assez élevé de m'en débarrasser, ce qui est plutôt une bonne nouvelle, par contre je ne sais pas comment il est arrivé. D'ailleurs la littérature scientifique est très avare à ce propos, causes environnementales pour la plupart des sites, cela revient à dire que la médecine ne sait pas exactement, que les causes sont multiples et multi-factorielles. On est dans le flou.
Je participe d'ailleurs à une étude épidémiologique, sensée recueillir au bout de 9 ans assez d'informations pour évaluer l'origine du cancer et son impact et son évolution dans la vie de tous les jours. Il était temps de s'interroger sur les causes non ? Les épidémiologistes seront capables d'analyses fiables seulement dans une décennie.

Je décide de me tourner vers le lien entre le psy et le corps.
Dans la symbolique du lymphome, il y a une sensation de ne pas compter pour autrui, une forte dévalorisation de la personne malade, l'impossibilité d'avoir une bonne estime de soi. La crainte du jugement, qui mène vers la colère, la rancœur et la haine de soi et de l'autre. Comme un besoin de se battre pour se faire respecter.
En approfondissant la symbolique autour du lymphome de Hodgkin, cette maladie interviendrait après que la personne aie le sentiment de mener un combat, une lutte face à une personne et qu'elle se sente perdante.

Ces symboles me parlent. Ils illustrent étonnamment mon chemin de vie, cette maladie étant arrivé après une séparation avec une personne avec qui j'avais une relation déséquilibrée à cause de l'emprise qu'elle exerçait sur moi et dans laquelle je me sentais coincé.
Je ne sais pas quelle est la part psy dans la guérison, ce que je sais c'est que cette maladie, entre autres choses et personnes qui transforment mon quotidien, m'a permis de découvrir un enfermement dans lequel j'étais et m'a donné le courage, la force et la motivation pour me sortir de cette dépendance. Cela fait maintenant plusieurs mois que je travaille activement dessus, que mes prises de décisions réparant mes blessures d'injustice et de trahison me font aller de l'avant, vers un apaisement de l'esprit. 

Et ce que je constate au final c'est cette liberté gagnée et ce cancer qui fiche le camp. Du moins mon ganglion de Troisier, le visible de cet iceberg, a totalement fondu. Plus je guéri mes blessures psychiques, plus mon moral est stable, plus mon envie de joie de vivre augmente, et plus j'accepte que cette maladie fasse partie de mon quotidien, presque comme une bonne amie. 

Guérir du cancer c'est aussi se guérir intimement, comme si l'apparition physique de la maladie laissait le temps et le besoin de se transformer psychiquement en relativisant sur la nécessité de ne pas lutter contre ce dont on ne peut avoir la maîtrise mais en se concentrant sur l'essentiel, soi et son rapport au monde. J'ai compris que vouloir évoluer dans une sécurité ou une insécurité est une illusion, qu'au fond, l'acceptation de ce qui m'arrive est maintenant compris et intégré comme étant une action inconsciente du soi. 

La vie va me mener vers des chemins nouveaux et riches, je trimballerai Jean-Jean le temps qu'il faudra. Et je finirai de guérir ma conscience et mon sang. Et alors je volerais tout seul.


L'envie de vivre et de m'envoyer en l'air. Le chemin que j'ai choisi.



lundi 12 juillet 2021

Cure 1, J15+3

 

Revivre à l'identique 4 jours sales d'affilés pour ensuite vivre une lente récupération, jusqu'à être assez en forme pour supporter encore 4 jours très sales.

La saleté n'a rien à voir là dedans, c'est l'expression qui sonne terriblement juste. On se sent sale de l'intérieur, physiquement. La combinaison des sensations de nausée avec la fatigue musculaire intense laissent des traces, brutales. Elles marquent le corps, entraînent la mémorisation contrainte des sensations, de manière à donner l'illusion de revivre une nouvelle fois les mêmes 4 jours après chaque injection.

J'ai beaucoup de chance. Ça passe très vite 4 jours.