Voyager, s'évader du quotidien, on peut le faire de chez soi, en lisant, en regardant un contenu audiovisuel ou cinématographique, en partageant un moment de tendresse avec un être aimé... mais les réflexions sont très vite rattrapées par le quotidien, chez soi, il y a souvent un parasite qui nous interromps.
J'ai goûté au voyage en dehors de chez moi, perdu dans la nature avec pour seul but la marche vers le soir. Je n'étais pas seul, mais la randonnée laisse le loisir de goûter un peu de solitude, pourvu que le chemin ne soit pas trop difficile et les proches occupés.
Il est doux de se retrouver avec soi dans un espace sain et naturel, c'est une excellente hygiène mentale. Aucune perturbation, surtout que j'avais décidé de couper le téléphone, l'ordinateur et certains soirs, dormant dans une cabane faites de rondins, même sans électricité. (éclairage à la bougie et à l'ampoule solaire)
Quel est le rapport entre le voyage et la chimiothérapie ?
Ce sont des chemins vers des buts ; et ils sont faits pour être définis et redéfinis sans cesse, ces buts. Ils se modèlent en moyens, ils sont les deux à la fois.
Ce sont des moyens de transports de la raison et du corps vers une meilleure vie. Ils laissent des traces physiques et psychiques et pourvu que l'on se plaise à les prendre comme des épreuves façonnant l'avenir, ces chemins sont ceux qui font grandir, des chemins vers la sagesse.
Plus prosaïquement, ces voyages m'aident à devenir moins con, du moins à entretenir cette possible illusion des épreuves acceptées qui rendent plus lucide. Le monde moderne tel qu'il s'impose à nous à travers l'organisation politique et économique est un gâchis sans nom. Et si le bonheur se trouvait dans le voyage et la rencontre ? Enfin il est à trouver en nous effectivement, mais le voyage peut y participer.
J'ai fait un Tep Scann avant de partir, il est plutôt encourageant. Il ne reste que quelques zones cancéreuses au niveau des cervicales gauches, celles au niveau du médiastin ont disparues.
Nausées, fatigue, goût de fer incessant dans la bouche sont le chemin vers la guérison.
Voyager quelques jours m'a permis de me rendre compte qu'ils pouvaient être mis en arrière plan, que le plaisir de vivre au présent, du partage et des difficultés surmontées étaient assez forts pour les occulter.
J'ai fait une très belle rencontre, celle de Marie Laure, qui est passé il y a une décennie par la même épreuve. Vaincre le cancer, c'est dans la tête que ça se passe qu'elle a conclu. C'est étrange comme certaines rencontres sont marquantes. Elle m'a donné envie de profiter de la vie qu'il me reste à voyager au présent.
Pas forcément loin, pas forcément à pieds ou meut par un véhicule, voyager dans sa tête, avec sa tête. Mais faire de chaque instant un cadeau offert à la conscience d'avoir la possibilité de choisir d'être heureux. Sa joie de vivre m'a contaminé, dans la mesure de mes possibilités et de ma personnalité. Généralement ce qui transpire dehors n'est pas ce qui sue dedans. Les efforts que je dois encore fournir pour être tranquille sont les marques de mon incomplétude.
Le panonceau indique le but, le chemin étant le prétexte.
"Parce que j'ai la dimension de ce que je vois, et non pas celle de ma taille." Caeiro