vendredi 20 août 2021

Cure 3 J1, la chimiothérapie et le voyage


Voyager, s'évader du quotidien, on peut le faire de chez soi, en lisant, en regardant un contenu audiovisuel ou cinématographique, en partageant un moment de tendresse avec un être aimé... mais les réflexions sont très vite rattrapées par le quotidien, chez soi, il y a souvent un parasite qui nous interromps.

J'ai goûté au voyage en dehors de chez moi, perdu dans la nature avec pour seul but la marche vers le soir. Je n'étais pas seul, mais la randonnée laisse le loisir de goûter un peu de solitude, pourvu que le chemin ne soit pas trop difficile et les proches occupés.
Il est doux de se retrouver avec soi dans un espace sain et naturel, c'est une excellente hygiène mentale. Aucune perturbation, surtout que j'avais décidé de couper le téléphone, l'ordinateur et certains soirs, dormant dans une cabane faites de rondins, même sans électricité. (éclairage à la bougie et à l'ampoule solaire)

Quel est le rapport entre le voyage et la chimiothérapie ? 
Ce sont des chemins vers des buts ; et ils sont faits pour être définis et redéfinis sans cesse, ces buts. Ils se modèlent en moyens, ils sont les deux à la fois.
Ce sont des moyens de transports de la raison et du corps vers une meilleure vie. Ils laissent des traces physiques et psychiques et pourvu que l'on se plaise à les prendre comme des épreuves façonnant l'avenir, ces chemins sont ceux qui font grandir, des chemins vers la sagesse. 

Plus prosaïquement, ces voyages m'aident à devenir moins con, du moins à entretenir cette possible illusion des épreuves acceptées qui rendent plus lucide. Le monde moderne tel qu'il s'impose à nous à travers l'organisation politique et économique est un gâchis sans nom. Et si le bonheur se trouvait dans le voyage et la rencontre ? Enfin il est à trouver en nous effectivement, mais le voyage peut y participer.

J'ai fait un Tep Scann avant de partir, il est plutôt encourageant. Il ne reste que quelques zones cancéreuses au niveau des cervicales gauches, celles au niveau du médiastin ont disparues. 
Nausées, fatigue, goût de fer incessant dans la bouche sont le chemin vers la guérison. 
Voyager quelques jours m'a permis de me rendre compte qu'ils pouvaient être mis en arrière plan, que le plaisir de vivre au présent, du partage et des difficultés surmontées étaient assez forts pour les occulter.
J'ai fait une très belle rencontre, celle de Marie Laure, qui est passé il y a une décennie par la même épreuve. Vaincre le cancer, c'est dans la tête que ça se passe qu'elle a conclu. C'est étrange comme certaines rencontres sont marquantes. Elle m'a donné envie de profiter de la vie qu'il me reste à voyager au présent.

Pas forcément loin, pas forcément à pieds ou meut par un véhicule, voyager dans sa tête, avec sa tête. Mais faire de chaque instant un cadeau offert à la conscience d'avoir la possibilité de choisir d'être heureux. Sa joie de vivre m'a contaminé, dans la mesure de mes possibilités et de ma personnalité. Généralement ce qui transpire dehors n'est pas ce qui sue dedans. Les efforts que je dois encore fournir pour être tranquille sont les marques de mon incomplétude. 

Le panonceau indique le but, le chemin étant le prétexte.

"Parce que j'ai la dimension de ce que je vois, et non pas celle de ma taille." Caeiro

vendredi 6 août 2021

Cure 2 J15 la moitié du chemin vers la guérison ?


Et nous revoilà, Jean-Jean et moi pour une quatrième séance d'injection de médicaments veinotoxiques. 
Depuis la troisième injection, les effets secondaires s'intensifient dans la durée et un nouvel effet est apparu, un goût de fer blanc dans la bouche. Le docteur m'a dit que c'était lié à l'aplasie causée par la chimiothérapie. Elle m'a donné des bains de bouche à faire pour calmer les irritations du fond de ma gorge.

Et j'ai toujours ce besoin d'écrire. 

La souffrance physique que je vis au quotidien en ce moment n'est rien. J'ai bien pire au fond de mon crâne.

Poussé par un desir d'écrire lié à une souffrance enfouie ; pourtant je n'ai rien à vous dire. 

Sauf que mes troubles maniaco dépressifs, en l'occurrence dépressifs dans ce contexte, parlent ou m'oblige à vouloir parler. Et les séances de chimio me donnent le temps de le faire. Une discipline bi mensuelle, à laquelle je m'exerce depuis le début des cures.

Cette sensibilité face au vide de la vie, ou plutôt ce regard vers l'autre côté, celui qui fera cesser en moi cette douloureuse sensation d'absence et de manque, sensation d'impuissance et de découragement, ce côté où le bonheur perle et semble exister, celui qui est inaccessible, ce regard, je le porte constamment en moi. Et plus je me rend compte de mon incapacité à atteindre durablement les côtes de ce nouveau monde, plus je cherche à contempler ce que je ne peux avoir et que je n'aurais jamais. 

Les interstices de bonheur qui rayonnent dans la plaie béante de la réalité, de ma réalité, ne suffisent pas à contenter ma force de vie, où du moins me laisser espérer durablement un état d'esprit serein et simple. Heureux les simples d'esprit...
J'aurais beau mettre dans une balance ce qui me rend heureux, rien ne pourra supprimer cette douloureuse lucidité, cette vision désagréable du monde actuel, et le reflet de mes actions dans celui-ci.

J'aurais beau tenter d'involuer, de me préparer concrètement à ce que l'avenir réserve, j'aurais toujours cet arrière goût de sang et d'incomplétude. J'ai beau aimer les autres et par ricochet recevoir de l'amour, cet amour partagé et réciproque ne suffit pas à me consoler. J'ai au fond de moi un vide, une profonde tristesse. Et j'ai beau essayer de dompter mes aléa comme je peux, la vie me fait mal, par à coup, par période. Rien ne semble interrompre ces moments. Ils font ce que je suis. 

Il y a quinze jours je voulais voler, mais se brûler les ailes implique d'avoir un parachute accroché dans le dos.

Alors pourquoi continuer la lutte ? La continuer pour les autres, ça n'est pas possible, l'autre n'est pas celui qui pourra me donner la force. C'est enfermer l'autre dans un rôle qui ne lui est pas destiné.
Je dois chercher en moi une raison de vivre.

Ma colère et ma haine, mes plaisirs et mes amours sont des moteurs, ma compréhension du fonctionnement du monde les roues et ma joie, mon bonheur lorsqu'ils daignent se manifester le carburant.
La comparaison avec la bagnole n'est certes pas très belle, elle a pour mérite d'être le tout qui rassemble. 
Reste les ailes qui poussent et que je coupe régulièrement, pour ne pas me brûler contre la réalité.
Combien de temps vais je encore devoir fuir ? La fuite est-elle mon seul moyen de survie ? Une voiture peut-elle voler ? 

La résilience est ce qui me fait tenir et me donne envie de lutter. La drogue m'empêche de sombrer dans les moments difficiles. Et l'amour me donne l'espoir de caresser le bonheur. 
Même si le doute m'habite. Aujourd'hui. Jour de chimiothérapie, sans amour et sans enfant.

Les souvenirs du cœur sont parfois insuffisant.
La meilleure façon d'exorciser ma vie passée est d'en commencer une nouvelle, chose faite, le chemin est difficile mais c'est le difficile le chemin.